La colère initiale, ou les bienfaits des étincelles volcaniques pour changer les situations conflictuelles (sans tomber dans une éruption style Pompéi)

Écrit par Claire | Catégorie Émotions | Publié le 02.07.2021

Avant hier, mon sang d'italienne s'est réveillé. Et la multiprise que j'avais dans les mains à traversé la pièce façon javelot enflammé pour aller s'encastrer dans la fenêtre donnant sur la terrasse. Ne t'inquiète pas, la fenêtre va bien, ma multiprise fonctionne toujours et je me suis calmée (bien que je sois toujours fumasse contre les concepteurs de prises suisses qui ont conçu leur design de telle manière qu'il soit impossible d'y ajouter une multiprise.)

Mais comme ça m'a bien secoué, et que j'en ai tiré pas mal de leçons intéressantes, j'ai décidé de t'en parler.

De te parler de colère.

De fureur. De rage.

De ces moments où tu te retrouves plongée dans une émotion intense, brûlante et foisonnante comme un volcan en éruption, où tu ressens une immense force qui s'empare de toi et qui, une fois passé, t'a fait un bien fou.

Parce que la colère est avant tout un sentiment libérateur.

De ces moments où tu t'en fous comme de l'an quarante des conséquences de tes actes et de tes paroles, et qui, une fois passé, te faire sentir comme une misérable qui vient en quelques secondes de gâcher un sacré bout de son univers.

Parce que la colère peut être aussi un acte d'aggression terriblement destructeur.

Alors? bon la colère? Ou pas? Qu'en penses-tu Sister?

Doit-on réprimer sa colère parce qu'elle est porteuse d’agressivité? Doit-on l'atténuer ou la refouler car elle peut-être dangereuse?

Pour ma part, je ne crois pas. Je pense au contraire qu'il est très sain, voire salvateur d'exprimer sa colère lorsqu'on en ressent le besoin.

La colère fait partie de notre arsenal de survie pour les situations combat-fuite. Très pratique quand tu te retrouves devant un tigre mal réveillé qui te regarde vicieusement en se demandant s'il va te croquer entièrement ou te dévorer à petits morceaux.

Mais aussi très pratique dans des situations plus quotidiennes où tu sens tes valeurs et tes croyances brimées, insultées, dénigrées ou activement agressées.

Parce que tu as parfaitement le droit d'être en colère quand tu vois une injustice. Quand tu ressens un inégalité. Quand tu perçois un abus, un truc pas cool du tout et qui te bouscules de la tête aux pieds. Ne pas se mettre en colère dans ces situations là reviendrait à nier tes principes et toi toute entière par la même occasion.

C'est par la colère que les grandes révolutions ont commencé, et c'est elle qui a initié pas mal de changements positifs au cours de l'histoire comme la fin de l'apartheid, le droit à l'avortement, ou le droit LGBT.

Parce que la colère, dans sa forme première, est une force, une énergie, qui éveille, motive et pousse à l'action pour faire changer les choses.

C'est ce que je nomme colère initiale. Et elle n'est en aucun cas synonyme de violence et d'aggression.

La colère initiale, c'est cette étincelle qui te montre qu'il y a friction entre toi et la situation que tu es en train de vivre.

Une fois cette étincelle initiée, elle peut se transformer en de multiples choses. Elle est peut être suivie par une colère passive (tu la gardes pour toi sans faire de vagues à l'extérieur), une colère active (tu fais part de ta colère à ton entourage de façon plus ou moins appropriée), une colère aggressive (tu rentres dans un schéma d'aggression où ton but ultime est de faire mal à ceux qui t'ont fait mal) ou de la rage pure et simple (tu n'as plus de contrôle sur la situation).

Gérer sa colère consiste à savoir comment contrôler cette étincelle pour éviter de blesser gratuitement ton entourage ou toi-même, tout en ne l'éteignant pas tout à fait. C'est tout un art sur lequel j'écrirais un article prochainement.

Mais revenons à la colère initiale.

L'as-tu déjà ressenti? Cette étincelle-signal d'alarme qui te dit qu'il y a un truc qui coince et qui attaque tes valeurs, tes principes et enfreint ton territoire?

Et bien si c'est le cas, voilà deux avantages à ne pas la brimer et l'enfermer à double tour dans un coin poussiéreux de ton esprit, parce que c'est maaal d'être en colère. C'est négatif. C'est mal vu. 

Faux. Et archi-faux.
 
Primo, la colère initiale est une énergie qui va te permettre de remettre des limites là où elles ont été enfreintes. C'est un signal de défense qui te dit que tu viens d'être blessée. Si tu l'enfouis bien profondément dans des couches factices de "ce n'est pas grave", "c'est juste des mots", "je suis forte, ça ne peut pas m'atteindre", tu laisses la brèche ouverte à la violation de tes valeurs et tes principes. En reconnaissant ta colère, tu exprimes mentalement un no-go sur ce genre de comportement.

Deuzio, c'est une énergie qui va te permettre d'éliminer les obstacles et faire changer la situation où tu t'es sentie en porte-à-faux. Non pas en se focalisant sur l'objectif à atteindre, mais en se focalisant sur l'élimination des obstacles. C'est un signal d'attaque qui te dit que tu as les moyens de changer proactivement la situation. Au lieu de te sentir démunie, et ballottée par les obstacles, la colère permet de te jeter à bras le corps dedans, te donne l'énergie pour affronter les blocages, et de te donne un sentiment de contrôle sur ce qui est important pour toi.

Tertio, si tu ne la laisses pas s'exprimer dès qu'elle apparaît, il y a de fortes chances qu'elle ressorte version éruption de Pompéi en se transformant en rage pure et simple, ces moments extrêmes où tu ne contrôles plus rien, ou tout au contraire en volcan complètement éteint, étouffé par des tonnes de résignation, de renoncement à tes valeurs et de déni de tes besoins.

À noter que la situation de friction ou les obstacles à l'origine de la colère ont pu être généré par autrui mais aussi par toi-même, lorsque tu bafoues tes valeurs profondes.

Mais qu'elle soit initiée par une situation impliquant les autres ou seulement toi, la colère, correctement maîtrisée, permet de gérer une situation de tension sans tomber dans la passivité ou la victimisation.

La colère est dangereuse,oui.

Mais ce n'est pas pour rien que beaucoup de mouvements féministes se réapproprient la colère comme une émotion qui appartient aussi aux femmes. Pendant longtemps, la colère était jugée comme un comportement inapproprié pour les femmes. Or, nous avons le droit d'être en colère sans être immédiatement traitées d'hystériques. Ce n'est pas baaad. Ce n'est pas faire preuve d'immaturité. Ce n'est pas un manque de sagesse.

Tout au contraire.

Dans pas mal de cas, ce n'est pas la colère qui est inappropriée, mais les situations qui la génèrent. En en te réappropriant ta colère, et ton droit à la colère, tu te fais un immense service, Sister. Tu récupères ton droit le plus sacré à protéger ton territoire, tes valeurs, tes principes et à te battre pour ton intégrité. Rien moins que ça.

Alors la prochaine fois que tu te sens en colère, %FIRSTNAME%, ne réprime pas cette colère initiale qui a tant de choses à te dire et à t'apporter. Crie, Boxe, Hurle, Danse comme une diablesse, mais laisse-la sortir. Et écoute-la attentivement.

xoxo
Claire

PS: Je boude toujours la multiprise mais ma colère plutôt "active" sur ce malheureux objet anodin m'a permis de mettre à jour une colère plus profonde sur laquelle je creuse en ce moment.

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