Le lâcher prise, ou l’art d’éliminer comme une guerrière attentive

Écrit par Claire | Catégorie Mindset | Publié le 28.05.2021

Si on m'avait dit un jour que je parlerais du lâcher-prise, j'aurai lâché mon smoothie épinard-citron vert, ouvert la bouche en grand et regardé la personne droit dans les yeux en lui demandant de quelle planète elle venait.

Je veux dire, je me définis comme une personne qui contrôle sa vie. Qui n'abandonne jamais. Ou du moins jamais volontairement. Quand je passais des heures devant un échiquier, je me battais jusqu'à la dernière goutte de jus de cerveau qui me restait. Quand je devais prouver que j'étais une chercheuse reconnue dans mon domaine, je ne lâchais jamais la pipette avant d'avoir enfin trouvé l'explication derrière ce bizarre phénomène qu'est la décoloration du pigment de bleu de Prusse (véridique, j'ai travaillé sur des tableaux géniallissimes comme ça.)

Bref, je ne lâchais rien.

Alors quand une des Sisters m'a contacté pour faire un article sur le lâcher-prise, j'ai dis oui! bien sûr! super! et j'ai ... procrastiné à mort. 

D'abord parce que je n'aime pas le mot lâcher-prise.Ça me fait immédiatement penser à un grimpeur en free solo au beau milieu du El Capitan (un mur 90° dans les Yosemite aux États-Unis). Si tu lui dis lâcher-prise, je ne suis pas certaine qu'il te suive dans ton raisonnement.

Et puis je n'étais pas sûre de bien savoir ce qu'était que le lâcher-prise. On parle de quoi au juste? De laisser aller? De suivre le mouvement? De se laisser ballotter par les événements? De lâcher toute notion de contrôle?

Alors armée d'un café bien noir, de ma chatte sur le canap' près de moi, et de little compi (c'est le surnom de mon adorable ordinateur) je suis partie faire des recherches. Sur le net et dans ma propre vie.

Et voilà ce que j'ai envie de te dire sur le lâcher-prise.

"J'ai plus, je suis plus" (no! little monster!)

Bien que les choses changent doucement et très, très subtilement, on vit dans un monde basé sur la consommation. La consommation de stuff, de réseaux sociaux, d'informations, de chocolat en quantités littéralement astronomiques. Nous sommes dans une société où la quantité est reine (et la qualité essuie le parquet en se demandant ce qu'elle fout là).

C'est délétère en soi (trop de choses tue les choses), mais ça a un impact beaucoup plus problématique: Ça nous a bien mis dans la tête qu'avoir plus, c'est être plus.

Avoir plus d'amis sur Facebook, c'est être plus sociale.

Avoir plus de livres chez soi, c'est être plus intellectuelle.

Avoir plus d'épices indiennes chez soi, c'est être plus raffinée (enfin, ça Sister, c'est presque vrai).

Le problème, c'est que c'est souvent l'inverse qui se passe: Avoir plus t'empêche d'être toi. Et qu'être soi c'est le nec plus, plus, plus, ultra d'être plus.

Avoir toujours plus d'idées? Non, ce n'est pas être plus créative.

Si tu croules sous les idées, généralement cela veut dire que tu passes ton temps à les générer, les étudier, les élaborer, comme une tour Kapla de 3 m de hauteur.

Tu les affines et raffines pour qu'elles soient parfaites, idéales, qu'elles englobent ta vision de la vie et de l'univers tout entier, et qu'éventuellement elles débouchent sur des objectifs SMART.

Mais il te reste en fait peu de temps et surtout d'énergie pour les mettre en action. Super si tu veux devenir gestionnaire d'idées, mais un peu moins si tu veux réellement créer.

La solution? Coupe dans le tas. Abandonne certaines idées. Et laisse de la place à celles qui te bottent vraiment.

Lâcher prise sur les idées, c'est abandonner une centaine d'idées pour en faire fructifier quelques unes.

C'est aussi abandonner l'idée que plus tu as d'opportunités devant ta porte, plus tu es sur la bonne pente pour les réaliser. Nope. Tu as simplement plus de choses dans ta tête.

Envie de booster ton estime de soi? D'apporter une bonne dose de satisfaction dans ta vie?

Avoir toujours plus de projets? Non, ce n'est pas être plus productive.

Moi ça me bouffe de voir des gens se croire hyper productifs car ils ont des millions de choses à faire et passent leur journée 8h-22h à travailler sur leurs "projets".

"Tu vois, Cécile, je peux pas t'aider là car j'ai 3000 choses à faire avant ce soir" (rajoute une voix un peu méprisante genre je suis à des millions d'années lumière et je m'habille en Gucci et tu as à peu près le topo.)

C'est confondre productivité et occupation masturbatoire.

Si tu croules sous les projets, ce n'est généralement pas seulement un problème d'organisation. C'est surtout que tu as trop de projets.

Être productive, c'est faire avancer des projets et les amener à terme grâce à des actions ciblées et régulières. Productivité vient du latin productio qui vient lui-même de pro- (en avant) et ducere (conduire).

Conduire en avant. Et pas se transformer en Shiva avec mille bras capables de gérer tout en même temps.

Ça n'a rieeeen à voir avec le nombre d'heures passé à travailler dans tous les sens. Ça, c'est ce que les anglo-saxons appellent "busyness". Être occupée.

Tu peux très bien être occupée toute la journée sans être une seule seconde productive.

La solution? Coupe dans le tas. Abandonne certains projets. Et laisse de la place à ceux qui te bottent vraiment.

Lâcher prise sur les projets, c'est abandonner une centaine de projets qui ne t'apportent aucune satisfaction ou aucun bénéfice à long-terme pour se concentrer sur quelques-uns.

C'est en privilégier quelques-uns et les mener à terme. C'est de la priorisation accompagnée d'une coupe drastique dans le tas. Éliminer les projets foireux ou toxiques, sélectionner les deux ou trois projets qui font sens pour toi et mettre dans une jolie enveloppe bleue ceux que tu aimes mais qui ne sont pas prioritaire pour plus tard.

(Perso, j'ai une jolie boite bleu turquoise où je mets les projets et les idées que j'aime bien mais qui ne sont pas prioritaires.)

En quoi abandonner va te faire gagner un max

Alors tu vas me dire, quoi?!

Abandonner? Arrghh!

Mais mes idées, mes rêves, mes opportunités, mes projets, ce sont mes enfants, je les ai pensé, je les ai créé, jamais, jamais, jamais je ne les abandonnerai!

Ben si. Tu peux Sister. Et c'est même la meilleure chose à faire.

Même si c'est p*#%in dur.

Je le sais, et je m'en suis rendue compte avec ma roquette.

Je me suis mise au jardinage il y a peu. Et j'ai planté des salades. De la roquette. Et du pain de sucre. En lisant la notice, ça paraît hyper simple: semer en ligne, laisser pousser en buvant un long-drink, éclaircir, et laisser pousser encore en buvant un cocktail ananas-menthe. 

Tu vois le mot éclaircir? Et bien moi, j'ai du mal avec cette partie là.

Tu vois toutes ces plantes qui sont en train de pousser, vaillantes, pimpantes, pleines de vie et prêtes à devenir de majestueuses salades vertes et croquantes.

Et là, on te dit qu'il faut en virer la majorité. What? Se transformer en tueuse de bébés-salade?? J'ai toujours du mal à éclaircir, mais ça m'a appris une chose Sister.

Il y a plein de choses qui peuvent pousser. Des centaines de possibilités dans ta vie de grandir, de réussir, d'être heureuse. Mais il y a un moment où le temps est venu d'en éradiquer. Plein. Vraiment tout un tas. Pour que tes salades, elles deviennent belles et généreuses. Pour que tes idées elles prennent corps, et pour que tes projets aboutissent.

Envie de booster ton estime de soi? D'apporter une bonne dose de satisfaction dans ta vie?

Alors si après le coup des salades tu ne me crois toujours pas, voilà une petite liste qui te montre tous les avantages d'abandonner et de lâcher prise:

  • Ta vie est beaucoup, beaucoup plus simple. Moins de choses à penser, moins de choses à organiser, à manager. Charge mentale réduite. Satisfaction augmentée.
  • Tu apprends à te connaître mieux. Abandonner c'est choisir des pistes consciemment. Tu apprends à savoir ce qui est vraiment important pour toi, ce que tu veux dans ta vie, tes valeurs, tes principes de vie.
  • Tu t'entraînes à établir tes limites. Abandonner, c'est savoir dire non. Si tu accueilles tout ce qui vient dans ta vie, toutes les occasions avec un grand sourire banana et une fleur dans les cheveux, tu risques de te laisser rapidement submergée. La fleur, tu la mets au fusil en disant non à ce que tu ne veux pas ou qui en t'apporte pas grand chose et un grand OUI à ce qui est important.
  • Tu laisses de la place. De l'espace pour de nouveaux développements. Non seulement pour voir grandir ce que tu as décidé de garder et de poursuivre mais aussi pour l'inconnu, la nouveauté.

Simplicité, Connaissance de soi, Affirmation de soi, Nouveauté, voilà ce que tu gagnes en abandonnant drastiquement les trucs bancals, toxiques, superflus dans ta vie.

Pourquoi c'est si difficile d'abandonner même des trucs foireux/toxiques/merdiques?

Alors voilà, tu sais peut-être maintenant qu'abandonner, c'est bien, mais n'empêche, ça ne t'empêche sans doute pas de trouver ça sacrément difficile.

Alors pourquoi c'est si difficile de laisser tomber des projets bof et flop? Des personnes toxiques? Des idées à la con? Pourquoi c'est si difficile alors que généralement, on le sait

Parce qu'en tant que sainte Maria, on veut sauver les trucs foireux

Parce que même dans un projet ou une idée sacrément merdique, tu vas y trouver une germe positive qui te dis "si je continuais, je pourrais avoir tel ou tel bénéfice".

Si je continuais à poster sur insta tous les jours, j'aurai plus d'abonnées et mon business avancerait. Et la nouvelle offre de formation? Oui, oui, aussi...

Si je continuais à m'escrimer sur la réalisation de la tarte aux noix et pommes de ma maman, je montrerais au monde entier à quel point je suis digne d'être la maman que mes filles rêvent d'avoir. Et le fait de passer du temps avec elles? Oui, oui, aussi....

Non, les projets merdiques ne sont pas à 100% merdiques. Et les personnes toxiques ne sont pas 100% toxiques. Et les idées foireuses ne sont pas 100% foireuses. 

Alors on se dit, comme la majorité des femmes de ce monde, qui ont la fâcheuse tendance à se transformer en Maria Super Power Maman Sauveuse, que ça vaut le coup de les garder, Pour prouver qu'ils ne sont pas si merdiques, toxiques, foireux.

(Récap: j'adore Maria, Super, Power, Maman et Sauveuse, mais tous ensemble c'est l'indigestion bonbons acidulés fraise tagada et arc-en-ciel marshmallow assurée.)

Alors parfois, c'est dur de se dire qu'on va laisser crever un truc foireux. C'est pas dans notre habitude. Mais c'est justement là où il faut sortir son côté rebelle, chérie.

Envie de booster ton estime de soi? D'apporter une bonne dose de satisfaction dans ta vie?

Parce que ces trucs foireux font partie de la chair de ta chair

Parce que même dans un projet ou une idée sacrément merdique, on une relation sacrément toxique, tu y a mis ton cœur. Et tes tripes. Et ton temps.

Toutes ces idées, ces opportunités, ces espérances, elles font partie intimement de toi. Tu les as crées, elles vivent dans ton esprit. Sous forme de vision, de rêves, de pensées, d'espoir. Tu les as non seulement créées, mais tu les as nourries.

Oui, tu as passé du temps et de l'énergie créatrice à créer un compte insta.

Oui, tu as passé du temps et de l'énergie culinaire à essayer la recette de la tarte aux pommes.

Oui, tu as passé du temps. Et de l'énergie sur ces projets. Et abandonner, c'est admettre que ce temps passé, cette énergie n'ont pas été utiles directement. (Je dis directement car d'une manière détournée, tu as certainement appris des trucs, mais concrètement? Non.)

En abandonnant ces idées, ces opportunités, ces espérances, tu coupes une partie de la chair de ta chair. Et ce n'est pas agréable. Ça fait même mal. Parfois terriblement mal.

C'est dur. Mais c'est souvent la meilleure solution.

Oui, en abandonnant l'idée d'être sur insta, tu te coupes de ton identité potentielle de devenir insta-Kardashian n°4 (je sais pas combien elles sont).

Oui, en abandonnant l'idée d'être la pro de la tarte aux pommes, tu te coupes de ton identité potentielle de devenir la super maman qui transmet les traditions familiales de la tarte aux pommes.

Mais à force de couper les identités potentielles, tu deviens plus toi.

Et ça, c'est la meilleure chose qui puisse t'arriver.

Alors, oui, ça fait mal. Se séparer de choses à laquelle tu tiens fait mal, même si celles-ci sont toxiques. Même si tu sais qu'elles sont toxiques et qu'elles t'emprisonnent.

Voilà pourquoi c'est si difficile d'abandonner, de séparer, de trier.

Envie de booster ton estime de soi? D'apporter une bonne dose de satisfaction dans ta vie?

L'effet domino du lâcher-prise (et pourquoi ça fait peur comme une araignée taille 36)

Et puis il y a une autre difficulté de taille. La peur. Avec un grand P. Et un grand E. Et un grand U et un grand R. PEUR.

La peur de se retrouver avec l'essentiel. Nue devant sa glace, avec ses 2-3 projets, ses 2-3 idées, les gens qui comptent vraiment, et ... rien d'autre.

Parce que lâcher-prise, c'est abandonner ce qui t'encombre et te concentrer sur l'essentiel.

Parce que se concentrer sur l'essentiel, c'est faire un putain de bond en avant en connaissance de soi. C'est découvrir des côtés inconnus, refoulés, réprimés -> Peur.

Parce que se concentrer sur l'essentiel, c'est s'engager à le nourrir et à le faire fructifier. Ça veut dire aussi risquer d'échouer -> Peur.

C'est l'effet domino du lâcher-prise.

Euh... les projets que j'ai choisi, je me suis donc engagée à les poursuivre. Quitte à me planter?

Euh... les idées que j'ai en tête et que j'ai choisi, je me suis donc engagée à les développer. Quitte à ce qu'elles ne soient pas assez bonnes?

Euh... Les personnes de mon entourage et que j'ai choisi d'avoir dans ma vie, je dois donc nourrir ces relations?

Euh... Retourner à l'essentiel en virant le superficiel, c'est donc se poser des questions plus profondes comme sur le sens de ma vie, qui je suis et qui je veux être?

Ben... oui.

Se séparer du superflu et se concentrer sur l'essentiel, ça implique pas mal de choses assez importantes qui font sacrément peur.

Alors pas de panique Sister. Oui, c'est dur. Oui ça fait peur. Comme une araignée gigantesque de la taille d'une pastèque qui grimpe sur ton lit alors que tu es nue dedans, sans armes, sans pantoufles et sans spray anti-bestioles-en-tout-genre.

Mais il ne s'agit pas de révolutionner ta vie en 3 minutes top chrono et devenir tueuse d'araignée mandragore du jour au lendemain.

Il s'agit de faire un pas, un seul pas hors de ta zone de confort.

Envie de booster ton estime de soi? D'apporter une bonne dose de satisfaction dans ta vie?

lâcher prise, c'est abandonner sa zone de confort

S'engager malgré ses peurs, c'est sortir de sa zone de confort.

Rien contre la zone de confort. Après tout, c'est dans celle-ci que tu peux te faire une soirée super cocooning dans ton canap' à manger des fraises tagada en regardant une bonne série Netflix.

C'est sécurisant la zone de confort.

C'est sécurisant de se dire: "ouais j'ai tel ou tel ou tel ou tel projet en cours et tant qu'ils ne sont pas fini, je n'ai aucun risque de me planter."

C'est sécurisant de se dire: "ouais, j'ai tel ou tel ou tel ou tel rêve et tant qu'il est bien au chaud dans ma tête, il a encore des chances de se produire."

C'est sécurisant de s'entourer de stuff, d'idées, de projets, d'espérances.

Mais si tu le fais trop longtemps et trop souvent, tu vas te transformer en fraise tagada.

Par souci de sécurité, tu vas t'empêcher de penser trop fort, de rêver trop grand et de grandir trop vite.

Par souci de sécurité tu ne vas pas t'engager.

Par souci de sécurité tu ne vas pas affronter tes peurs.

Et te couper de la part de toi-même qui ne demande qu'à grandir, se déployer et se révéler au grand jour.

Tue tes araignées, Sister. En faisant un pas après l'autre hors de ta zone de confort. En abandonnant un mini-projet foireux, en disant non au méchant Patrick de la cafeteria. En tuant des mini-araignées taille 36mm.

Sors de ta zone de confort en pratiquant régulièrement des mini lâcher-prises sur tous les trucs foireux / merdiques / toxiques auxquels tu t'accroches par souci de sécurité.